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Rubrique Témoignages

Michel Lefebvre,

membre correspondant du Bureau des longitudes, membre de l’Académie de l’Air et de l’Espace, astronome, géodésien et océanographe.

Éléments illustratifs, 1933-2019.

François Barlier - Novembre 2019

Michel Lefebvre Très jeune Michel Lefebvre, né en décembre 1933 arpenta la mer dans le cadre de sa formation professionnelle ; il avait alors choisi d’entrer dans la marine marchande. À 19 ans, il commença sa formation en naviguant, il devint chef de quart et acheva sa formation comme Capitaine au long cours en 1958 ; il fit aussi son service militaire dans la Marine.

De la vie de Marin à l’astronomie

Suite à son mariage en 1956, Michel Lefebvre chercha une reconversion professionnelle plus compatible avec la vie familiale. Ses connaissances en astronomie fondamentale, nécessaires à la navigation, l’amenèrent à postuler à un poste d’assistant astronome à l’Observatoire de Paris.
Avec le soutien de Bernard Guinot, astronome et lui-même ancien Capitaine au long cours, il obtint un tel poste en 1960 dans le service d’astrométrie en charge de la détermination des paramètres de la rotation terrestre, de l’établissement des échelles de temps et de la synchronisation d’horloges. La recherche scientifique en plein développement à cette époque, avec le début de l’ère spatiale, faisait appel à de nombreuses compétences dont celles de Michel Lefebvre ; il participa immédiatement aux activités de ce service et notamment au service d’observation de nuit des astrolabes (2 à 3 nuits par semaine). Il utilisa le nouvel astrolabe Danjon dont les objectifs étaient une contribution à la détermination des paramètres du mouvement du pôle et à l’amélioration des catalogues fondamentaux des étoiles de références.
Michel Lefebvre, dans ce contexte, s’initia aussi à l’utilisation des nouveaux moyens informatiques tel l’IBM 650 à l’Observatoire de Meudon disponible à toute la communauté astronomique de la Région Île de France à partir de 1960.
Michel Lefebvre entreprit aussi des études pour compléter sa formation dans le domaine de la physique à l’Université et dans celui de la mécanique céleste au Bureau des longitudes ; il assista et participa aux séminaires hebdomadaires de ce Bureau qui constituèrent un véritable creuset de vocations scientifiques et de créateurs de liens et de coopération.

De l’astronomie à la géodésie spatiale

Une nouvelle opportunité se présenta alors, qui le conduisit à postuler à un poste d’Ingénieur au Centre national d’études spatiales (CNES) en septembre 1963 à la Division Mathématiques et traitement. Le CNES préparait en effet le lancement de satellites artificiels, cherchait à recruter des ingénieurs dans le domaine des diagnostics de satellisation et dans celui de la détermination des trajectoires des satellites. Il fallait notamment mettre en œuvre une chaîne de traitement utilisant les premières données de poursuite de la fusée lanceuse pour émettre un diagnostic rapide de satellisation, ce qui était crucial et critique lors d’un lancement.

Les premiers satellites lancés, Diapason et les Diadèmes I et II après le tout premier Astérix en 1965, mais qui n’a pas fonctionné en orbite, le seront avec succès en 1966 et 1967.

Le satellite étant mis en orbite, il fallait également le poursuivre ; on pouvait le faire :

Les premières mesures furent obtenues avec succès en janvier 1965 par le service d’aéronomie du CNRS à l’Observatoire de Haute Provence ; Michel Lefebvre, qui s’était personnellement investi dans ce domaine, participa ensuite à une Recherche coopérative sur programme (RCP) du CNRS rassemblant les géodésiens et les astrométristes français et dirigé par Jean-Jacques Levallois de l’IGN (Institut national géographique), dans le but d’établir une liaison géodésique Europe-Afrique à partir, en priorité, des données des satellites Diadèmes.
Cette RCP aboutira plus tard à la constitution du Groupe de recherche en géodésie spatiale (le GRGS) entériné lors d’une séance du Bureau des longitudes en février 1971 ; il sera dirigé par Jean Kovalevsky – un animateur hors pair de la communauté de mécanique céleste française – et lui-même directeur du centre de calcul du Bureau des longitudes.
Tout cela fut une heureuse occasion pour Michel Lefebvre, qui put ainsi orienter sa nouvelle carrière dans la géodésie spatiale.
Grâce aux données de télémétrie laser obtenues en France dans ce domaine de la géodésie spatiale, données très appréciées à l’étranger, Michel Lefebvre avec des collègues de la RCP, Georges Balmino et moi, sut saisir l’occasion exceptionnelle de pouvoir développer, des liens et une coopération étroite avec leurs collègues américains du SAO (Smithonian Astrophysical Observatory) et du GSFC (Goddard Space Flight Center), avec le soutien actif des responsables de programme au NASA Headquarters, qui s’avérera à terme extrêmement fructueuse.

De la géodésie spatiale à l’océanographie spatiale

Un colloque très opportun pour les géosciences spatiales, Terre solide et Océans, eut lieu à Williamstown (USA) en juillet 1969 ; il permit de faire émerger une perspective remarquable des applications potentielles de l’Espace en sciences de la Terre et des océans, applications qui faisaient alors déjà l’objet de nombreuses réflexions dans le monde scientifique ; «Earth and Ocean Physics» fut le thème du colloque ; ses conclusions furent claires et très appréciées par la direction du CNES et de la RCP. Michel Lefebvre qui s’était beaucoup investi, grâce à ses nombreux contacts outre atlantique, pour qu’une délégation française puisse y assister en fut grandement récompensé. On mesure aujourd’hui combien cela orienta beaucoup la géodésie et l’océanographie spatiale de la communauté française.

De l’animation de la communauté nationale spatiale en Géodynamique et Géodésie

Michel Lefebvre écrira avec moi un premier document important «Propositions à long terme en géodynamique», en avril 1970, largement diffusé dans la communauté intéressée où est décrit tout ce que l’on peut espérer obtenir en géodynamique à partir de l’analyse du mouvement des satellites artificiels.
Ce texte et le document associé serviront de référence dans la définition des objectifs scientifiques tant pour la création du GRGS en 1971 (Groupe de recherche en géodésie spatiale) que pour la fondation dans le début des années 70 du nouvel Observatoire à Grasse dans les Alpes Maritimes et du CERGA (Centre d’études et de recherche en géodynamique et en astronomie) où arrivèrent en octobre 1974 plusieurs équipes fondatrices décentralisées, dont celles de Jean Kovalevsky et moi).
Michel Lefebvre qui avait été nommé à la tête d’un nouveau département de géodésie spatiale au CNES vint s’installer à la même époque à Toulouse où le CNES venait de décentraliser toute une partie de son activité et créer un nouveau centre spatial.
Des liens très forts et réguliers demeureront entre le CERGA et le département de géodésie spatiale de Toulouse animée par Michel Lefebvre (cela se traduira par de nombreux voyages Grasse -Toulouse avec des arrivées par train de nuit à 6 heures du matin à la gare Matabiau où Michel et Claude Lefebvre venaient me chercher pour m'offrir un bon petit déjeuner avant de commencer la journée).

De l’animation de la communauté européenne et internationale en Géodynamique et Géodésie

Le concept décrit dans «les propositions à long terme en géodynamique» sera aussi mis en exergue dans les Journées luxembourgeoises de géodynamique créées par Paul Melchior directeur de l’Observatoire royal de Belgique à Uccle au début des années 70. Paul Melchior qui était directeur du centre international de marées terrestres avait établi une coopération avec le centre luxembourgeois de Walferdange dirigé par Jean Flick. Des appareils pour l’étude en commun des marées terrestres avaient été installés au Luxembourg dans les anciennes mines de gypse de Walferdange.
À l’occasion de séminaires à l’Observatoire royal sur ces sujets des collègues de l’Observatoire de Paris (dont Suzanne Debarbat, Nicole Capitaine du département d’astronomie fondamentale), des collègues de l’observatoire de Meudon (dont moi-même et Kurt Lambeck chercheur associé), des collègues du CNES (Michel Lefebvre, Georges Balmino, Anny Cazenave et d’autres), des collègues de l’Institut géographique national (dont Claude Boucher) prirent l’habitude de se réunir mensuellement avec ces collègues de Belgique et du Luxembourg à Walferdange dans une ancienne caserne. Très rapidement beaucoup de collègues originaires de toute l’Europe et aussi de pays non européens se joignirent pour assister à ces séminaires qui connurent un grand succès international.
Michel Lefebvre fut un participant régulier. Le tempérament de Michel, son enthousiasme exceptionnel, son charisme à rassembler des forces et des énergies non seulement chez les jeunes et les décideurs en France mais aussi à l’étranger, en Europe et aux États Unis permit alors d’influencer en profondeur avec succès dans tout ce secteur et d’y introduire les techniques spatiales. Il voyagea beaucoup et se rendit célèbre avec son gros sac rouge plein de documents pour convaincre ses amis de rencontre de s’associer à ce mouvement.

L’utilisation de la télémétrie laser dans la poursuite des satellites généra un gain considérable dans le calcul des trajectoires par rapport aux résultats obtenus avec les observations photographiques. La décision de proposer une expérience mondiale avec les données laser sera ainsi prise de manière unanime, le COSPAR (Committee On Space Research) ayant donné un avis favorable en 1970 lors de sa réunion annuelle.
L’expérience appelée ISAGEX (International Satellite Geodetic Experiment) sera coordonnée en France par Gérard Brachet, embauché par Michel Lefebvre à cet effet au sein de son équipe du département de géodésie spatiale. Ensemble ils avaient déjà visité plusieurs organismes spatiaux américains en 1969 avec qui la coopération dans ce domaine était un préalable indispensable ; ISAGEX sera un succès.

En 1978, Michel Lefebvre participa avec la communauté française en Allemagne à SCHLOSS/ELMAU à un grand colloque ayant comme objectif de définir un vaste programme européen de coopération SONG (Satellite Oceanography Navigation Geodynamics) ; les mots d’océanographie et géodynamique sont essentiels ; ce colloque fut le pendant européen de ce que les Américains avait organisé en 1969 à Williamstown. Ce sera une référence.

Michel Lefebvre fut appelé à siéger dans de nombreuses commissions à l’échelle européenne, ou en coopération avec les États-Unis avec le souci de participer à des programmes américains d’océanographie et d’altimétrie des océans tel GEOS 3 (1975) SEASAT (1978), GEOSAT (1985). On doit citer maintenant son rôle majeur pour la réussite d’un programme coopératif exceptionnel entre le CNES et la NASA aux États-Unis, le programme TOPEX/Poséidon (rassemblement de deux programmes spatiaux, l’un américain TOPEX, l’autre français Poséidon, dédiés à la mesure de la topographie des océans à l’aide de radars altimétriques embarqués).
Le satellite TOPEX/Poséidon sera lancé avec succès depuis Kourou en août 1992 ; ce programme marque encore les recherches aujourd’hui ; Michel Lefebvre joua un rôle majeur dans la promotion du système français de positionnement centimétrique de satellites embarqués sur Poséidon, le système Doris testé en 1990 sur le satellite SPOT2, auquel plusieurs de nos collègues américains ne voulaient pas croire (du « French bluff » disaient-ils). In fine cela permit pourtant de déterminer la topographie des océans à une précision centimétrique, ce qui était remarquable et cela permit une bien meilleure connaissance des océans ; ce fut un très grand succès pour tous. Topex/Poséidon sera suivi de satellites qui assureront la continuité et la pérennité des mesures, de la topographie des océans toujours pleinement d’actualité (série des satellites Jason) sans omettre non plus les satellites européens ERS 1 et 2 (1991 et 1994), ENVISAT (2000) et aujourd’hui les satellites Sentinels, la nouvelle série européenne d’études de l’environnement terrestre.
Michel Lefebvre fut toujours aux avant-gardes pour défendre tous ces projets ; à titre d’exemple il réussit à convaincre les instances européennes de mettre en œuvre l’orbite dite géodésique de ERS 1 avec une répétition des traces sur la mer et les terres de 168 jours essentielle pour la connaissance du champ de gravité de la Terre et de la topographie des océans pour un temps limité (l’orbite nominal avait une répétitivité de 35 jours pour les traces sur terre et sur mer).

Développement de nouveaux programmes d’études des océans à partir des techniques spatiales

Michel Lefebvre fit ensuite la promotion de nouveaux programmes océanographiques coopératifs associés et dans la suite logique des mesures altimétriques et de leur utilisation ; on peut citer en premier lieu le programme WOCE, programme de surveillance de la circulation océanique, (World Ocean Circulation Experiment), mis au point entre 1985 et 1990 et où Michel le Lefebvre fut coopté par Carl Wunsch, (océanographe de grande réputation internationale) pour s’occuper de la partie spatiale de WOCE, le programme WOCE fut ensuite adopté par la Commission Océanographique Internationale.

On doit ensuite signaler le programme MERCATOR, première réunion Mercator en 1995, qui est un projet d’océanographie opérationnelle pour établir une carte, décrire et prévoir les caractéristiques de l’océan mondial (MERCATOR est un nom rendant hommage a` l’inventeur de la projection cartographique qui porte son nom). Les représentants de Mercator assisteront ultérieurement et encore aujourd’hui à nombreuses réunions du Comité réunissant les directeurs d’organismes s’intéressant à` l’océan et au climat.

On peut encore signaler le programme GODAE (Global Ocean Data Assimilation Experiment) dont la première réunion aura lieu, en Afrique du Sud en 1996. Michel Lefebvre travaillera beaucoup sur ce sujet en coopération étroite avec Neville Smith en Australie.

Les programmes WOCE, MERCATOR, GODAE, furent encore précisés et améliorés dans une réunion célèbre qui aura lieu à La Chapelle-Aubareil en Dordogne en août 1995 où Michel Lefebvre avait une maison de campagne.
Michel Lefebvre organisa un atelier réunissant une trentaine de chercheurs et ingénieurs de Brest, Paris, Grenoble et Toulouse, beaucoup d’anciens amis et collègues avec comme objectif :

«Construire ensemble un projet de démonstration où chaque équipe s’engagerait».

Ce projet avait pour but de construire un système d’observation permanent de l’océan, ceci à l’échelle de la planète. À ce niveau, il fallait utiliser toutes les ressources disponibles. La conclusion de cet atelier sera :

«assurer impérativement le développement d’un modèle de prévision de l’état de l’océan à l’instar d’un modèle météo (modèle d’océan global à haute résolution ayant la capacité d’assimiler des données satellitaires et des données in situ afin d’être pré opérationnel dans un premier temps mais avec une vocation à devenir opérationnel».

Ce fut un succès et c’était visionnaire.

Michel Lefebvre eut aussi de nombreuses activités transversales dans l’enseignement (Sup’Aéros à Toulouse, ENSTA à Paris), il s’investit dans la formation de nouveaux chercheurs (par exemple dans l’Ecole d’été d’océanographie à Grasse en 1982) ; il fut aussi Conseiller aux activité de la Cité de l’espace à Toulouse ; il fut l’artisan de l’exposition itinérante qu’il appela «Inventerre» à la Cité de l ‘espace, au Palais de la découverte et ailleurs à laquelle Pierre Baüer participa. Il fut impliqué aussi dans certains programmes de planétologie (Planète Vénus par exemple !).

La retraite qui n’en est pas une

Bien que retraité du CNES en 1994 (à son grand regret), Michel continua à agir et interagir de manière permanente et avec efficacité dans le domaine de l’océanographie et de la géodésie spatiales, cela dans le cadre du Bureau des longitudes et du club des Argonautes autour de trois thèmes principaux, «Climat, Energie, Océans» ; il le fit à la grande satisfaction de tous jusqu’à son dernier souffle en juillet 2019 et participa à des ouvrages collectifs sur le Climat :

Il écrivit aussi avec moi deux textes sur l’histoire de la géodésie et de l’océanographie spatiales très instructifs :

En guise de conclusions

On retiendra le caractère un peu atypique de la carrière de Michel Lefebvre qui a débuté sa profession dans la marine marchande, mais aujourd’hui quels résultats il a obtenu ! Résultats qui marqueront l’histoire de l’océanographie spatiale.

On doit rendre un grand et spécifique hommage à ses qualités humaines et scientifiques qui furent essentielles dans son succès. En 2010 il avait organisé chez lui une petite fête qu’il avait intitulé «les noces d’or de l’amitié» où il avait rassemblé beaucoup de ses amis avec lesquels il échangeait depuis les années 60.
À ce stade comment ne pas citer encore les noms de quelques collègues (à ajouter à tous ceux déjà cités) et avec lesquels Michel eut tant d’échanges fructueux et amicaux, souvent quotidiens à certaine période :

Jean-Francois Minster, Jean-Louis Fellous, Guy Duchossois Jim Marsh, Raymond Zaharia, Jean-Claude Blaive, Christian Le Provost, Jean-Louis Pieplu, Jean-Claude Husson, Yves Ménard , François Noüel, Annie et Marc Souriau, Claude Broissier, Geneviève Raphanel, Martine Mena, Nicole Lestieu, Michel Cazenave, Philippe Escudier, Richard Biancale, Jean Pailleux, Rosemary Morrow, Christophe Boissier (Shom à Toulouse), Pierre Bahurel (Mercator Ocean international, CNRS, Ifremer, IRD, Météo-France, Shom), les équipes GET et LEGOS de l’Observatoire Midi-Pyrénées,...

liste horriblement incomplète mais seulement donnée ici comme quelques points de repères dans le temps des si nombreux échanges de Michel de nature scientifique ou administrative au cours de sa carrière ; derrière chaque nom il y a une richesse d’échanges... mais hélas beaucoup d’entre eux des noms cités nous ont déjà quittés !

On peut ajouter ici que Michel aimait lire et citer beaucoup de poètes et de philosophes, Saint Exupéry (Citadelle), Prévert, Marie-Noëlle, Superveille. il aimait notamment aussi les ouvrages de Jules Verne tel «la Terre sans dessus dessous» qu’il lisait, relisait et faisait lire !
Il aimait aussi beaucoup diffuser les connaissances scientifiques, notamment en océanographie à tous comme avec Vinca Rosmorduc lors des meetings de l’océanographie spatiale (l’OSTST) avec le «Outreach education and altimetric data service» mais aussi au monde des jeunes et même des enfants, ce qu’il aimait à appeler le «Faire savoir».
Dans ce contexte il adorait ce conte écrit par les enfants sur le Dieu de la mer et qui commence ainsi :
«Il y a très longtemps toutes les terres se donnaient la main et un immense océan les rafraîchissait ; l’océan était habité par un dieu appelé «Poséidon…». On retrouve le nom de Poséidon si cher à Michel...

Il a ainsi inspiré et soutenu le magnifique céderom «Les géonautes enquêtent sur les océans» qui a valu un prix du «Faire Savoir» à son auteur et notre collègue Pascal Bonnefond !

Remise de la légion d'honneur à Michel

Michel Lefebvre a reçu de nombreuses distinctions et prix. Il fut ainsi promu au grade de chevalier de la Légion d’honneur en 2012 (Michel eut la gentillesse de me demander de lui remettre l’insigne correspondant). Il prépara aussi en 2010 un Curriculum vitae très détaillé de sa carrière de manière fort opportune et qui est toujours accessible au Bureau des longitudes. Un journaliste, Yves Garric, lui consacra aussi un livre «Michel Lefebvre, marin de l’Espace ou comment un capitaine au long cours devenu astronome a fait bouger l’océan» 2008, (Loubatières Sciences éditeur). Cet ouvrage lui fait aussi un grand hommage.

Michel nous a quitté le 21 juillet 2019 et de très nombreux témoignages d’estime et de reconnaissance ont alors été exprimés de la part du monde scientifique, ainsi de plusieurs de ses amis américains comme :

Stan Wilson, Byron Tapley, Victor Zlotnicki, David Halpern,

Lee-Lueng Fu : "It is with great sadness to inform you of the passing of Michel Lefebvre... He was a geodesist with a profound vision the potential of satellite altimetry and had been a key figure in pushing the boundary of altimetry…",

Kurt Lambeck d’Australie : "That is indeed sad news.  The passing of Michel is a loss to many of his friends and a loss of one of the founders of GRGS with its many successes that can be attributed to Michel's contributions…",

Paul Paquet de Belgique : "C'est une bien triste nouvelle que d'apprendre le décès de Michel… En 2007 et de manière tout à fait imprévue, j'ai eu la chance de passer un moment avec lui lors de la remise, par l'Université Catholique de Louvain des Insignes de Docteur Honoris Causa à Erik Orsenna. Malgré son état de santé il avait gardé l'enthousiasme que nous lui connaissions. C'était un scientifique novateur qui m'a toujours impressionné par ses capacités à concevoir et proposer de nouveaux projets scientifiques" .

Un très récent hommage a été encore exprimé lors du colloque d’océanographie à Chicago en octobre 2019 et il est rédigé comme suit : «Captain of the merchant navy, geodesist , driving force, inspiring person, he has been and was all that and more ».

Un dernier et chaleureux hommage, non le moindre, illustré par quelques belles photos de différentes époques, lui a été rendu par Anny Cazenave en présence de sa femme Claude Lefebvre et de leur fils Marc, à Toulouse, le 22 novembre 2019 dans le cadre de l’Académie de l’air et de l’espace sous la présidence d’Anne-Marie Mainguy.

C’est avec beaucoup d’émotions que nous nous associons à tous ces hommages. Nous exprimons notre vive sympathie à son épouse, à ses enfants, à Sylvie Salles, son assistante de vie et à toute sa famille qui l’ont soutenu sans faille jusqu’au bout.

Nous remercions particulièrement Pierre Baüer qui nous a beaucoup aidé dans la rédaction de cet hommage.

À Michel qui nous a quittés,

Voici de Bruno Voituriez, président du Club des argonautes et membre de l’Académie de marine, un ultime message :

«Hello Milef, Félicitations : tu viens de franchir avec succès une nouvelle étape de ta brillante carrière qui est un exemple pour nous tous. Marin tu regardais les étoiles : tu devins astronome.  Et tu te dis pourquoi de l’espace ne pas regarder la mer ?   Ainsi grâce à toi naquit le satellite Topex/Poséidon qui obligea L’océan à se dévoiler dans sa totalité et ses caprices : méandres, tourbillons et autres variations qui déroutaient l’observateur jusqu’alors impuissant. Cet océan que tu définissais si bien dans cette devinette :

Qui suis-je ?

On me dit pacifique ?
Je suis turbulent
Je suis un agité
Il m’arrive de m’échauffer
De passer par toutes les couleurs
Et même en furie
Je suis soumis à la dissipation
Je ne connais pas (peu) d’hommes
J’ai mes humeurs
Je suis pour résumer
Totalement IMPREVISIBLE

Grâce à toi pourtant l’océan est devenu un peu plus prévisible et les hommes que tu qualifies de géonautes ont fait quelque progrès dans le pilotage de la Terre. Merci à toi Michel qui a ouvert la voie. Tu es entré maintenant dans une autre dimension spatio-temporelle en montrant aussi l’exemple jusqu’ à la fin de ce qu’est une vie réussie. Tu nous donnes, par ton exemple, l’espoir de réussir nous aussi ce dernier passage. Mais cela n’efface pas ce manque irremplaçable : ta présence.
À bientôt ? BV»

Textes de Michel Lefèbvre publié sur le site des Argonautes :

Michel a largement participé à l'enrichissement du site internet du Club des Argonautes, avec des textes à plusieurs facettes, historiques, scientifiques, humoristiques et même philosophiques. Qu'ils soient drôles ou sérieux, ils comportent toujours un ou plusieurs messages...

Rapprochement entre le discours prononcé à la Convention par l'Abbé Grégoire.... Michel Lefebvre. Début 2003.

Trois cent millions de lieues au-dessus des mers !! . Onze ans en orbite pour TOPEX POSEIDON. Septembre 2003.

ENJEU TERRE, UN NOUVEL ENJEU MAJEUR. La Connaissance de la planète Terre et de sa dynamique. Les systèmes spatiaux : une contribution décisive. Novembre 2003.

Williamstown - 1969. Décembre 2003.

Les méthodes de mesure des courants marins, extrait du livre de A. BERGET 1919. Février 2004.

L'avenir de l'Océanographie vu en 1919 par A. Berget et... l'ETM.. Février 2004.

Géonautique - Apprendre à piloter la terre. Nous sommes des géonautes. Novembre 2005. Avec Bruno Voituriez.

Trois cent millions de lieues au-dessus des mers. Le testament du Capitaine Nemo. Juin 2005. Avec Bruno Voituriez.

En attendant GALILEO… La Terre mesurée depuis l’Espace : de DIAPASON (1966) à JASON (2001), la contribution française. Janvier 2006. Avec François Barlier.

POUR NE PAS PERDRE LE NORD - SANS DESSUS DESSOUS. Décembre 2006.

LA LUNE A LA UNE, pour être bien lunés REVISITEZ LA LUNE. Décembre 2006.

Relever le niveau. Février 2007.

Procès de la Terre. Mars 2007.

Fantaisies pour couplages échangistes - Dialogue entre Océan et Atmosphère . Mars 2007.

2009 - Année de l’astronomie - Petite Galliléade Galilée à l’Académie des Sciences. Janvier 2009. Avec Bruno Voituriez.

Les coups de cœur de Michel Lefebvre. Océanez vous. Recueil de textes poétiques et philosophiques. Novembre 2012.