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Les News

Mois de décembre 2012

1/1 Réchauffement climatique : vers un El Niňo permanent et un retour au Pliocène ?

Une question importante agite actuellement les climatologues océanographes et atmosphériciens. Les oscillations climatiques naturelles impliquant l'océan telles que El Niňo dans le Pacifique, le NAO ou encore le AMO dans l'Atlantique, sont-elles indépendantes du réchauffement climatique anthropique à long terme ? Ou au contraire sont-elles affectées par ce réchauffement et rétro-agissent-elles avec lui ?

Un article récent (1) commenté par Futura Sciences, s'appuyant sur des jeux de données de température de surface du Pacifique homogénéisés couvrant la deuxième moitié du XXe siècle et forçant des modèles atmosphériques, suggère que la circulation atmosphérique zonale le long du Pacifique équatorial (la cellule de Walker) se ralentit depuis quelques décennies en réponse à un réchauffement des eaux superficielles de l'océan Pacifique équatorial central.

Ce réchauffement océanique équatorial nouveau, appelé par certains «El Niňo Modoki» (2), suggère la possibilité de l’établissement progressif dans le Pacifique central de ce qui est appelé un «El Niňo permanent» qui modifierait considérablement la circulation atmosphérique zonale, la fameuse cellule de Walker, et perturberait durablement les conditions climatiques de la bande intertropicale.

S’il était démontré que ce réchauffement de l’océan Pacifique équatorial, constaté depuis deux ou trois décennies, est bien la conséquence du réchauffement global anthropique du climat, on aurait la preuve que le changement climatique en cours modifie bien les caractéristiques des signaux climatiques naturels tel que El Niňo. C’est ce que suggèrent les auteurs précités sans pour autant être en mesure de l’affirmer avec certitude.

Mais cette hypothèse d’un possible futur «El Niňo permanent», conséquence du réchauffement climatique, évoque des considérations antérieures émanant de plusieurs groupes de paléoclimatologues (3) rapportées par un océanographe américain, George Philander, qui indique que des observations paléoclimatiques concordantes (4) font état, il y a trois millions d’années, de la présence d’une couche d’eaux chaudes uniforme recouvrant de façon permanente l’ensemble de la région Pacifique équatorial. Les vents alizés étaient toujours là, mais ils n’étaient pas assez puissants pour générer à l’est des remontées d’eaux froides (upwelling) profondément enfouies sous cette épaisse couche homogène chaude.

Il semble donc bien qu’une situation d’«El Niňo permanent» ait été la norme dans le climat chaud d’il y a trois millions d’année au cours de la fin du Pliocène avant la transition vers le Pléistocène.
C’est seulement à partir de cette transition qu’un refroidissement progressif des eaux de surface s’est installé dans la partie orientale du pacifique équatorial pour arriver à notre climat actuel avec l’alternance d’un El Niňo chaud et de son inverse, La Niňa, froid.

Le réchauffement en cours du Pacifique équatorial central, s’il se confirme, est donc à surveiller de près dans la mesure où il peut marquer un glissement progressif vers des eaux superficielles chaudes plus épaisses masquant les remontées d’eaux sous-jacentes froides (upwelling) dans l’est et créant ainsi un océan homogène chaud d’est en ouest (El Niňo permanent) affaiblissant les gradients zonaux de pression et la circulation atmosphérique dans le plan de l’équateur (cellule de Walker). De telles conditions météo-océaniques, conséquences d’interactions entre un signal climatique naturel : El Niňo, et le réchauffement climatique anthropique à plus long terme auraient des conséquences considérables sur le climat de la planète.
Un paléo-océanographe, A. V. Fedorov, considère même que l’on pourrait ainsi retourner au climat chaud de la fin du Pliocène (5) qui supportait dans les régions polaires des températures moyennes supérieures à 10° C, et était donc sans glace, mais avec des tropiques uniformément chauds (absence totale d’upwelling côtiers ou équatoriaux).

Federov considère que le lent refroidissement de la planète depuis 50 Millions d’années, s’est accéléré au début du pléistocène, il y a environ trois millions d’années, lorsque s’est amorcé dans les tropiques le passage de cet océan uniformément chaud (El Niňo permanent) au phénomène intermittent et oscillant El Niňo-La Niňa que l’on connait actuellement.

L’océan tropical uniformément chaud favorisait l’évaporation et la concentration de l’atmosphère en vapeur d’eau, puissant gaz à effet de serre, entretenant ainsi une Terre globalement chaude mais climatiquement stable. Compte tenu que l’on n'est plus dans une situation climatique stable du fait du facteur anthropique qui renforce très rapidement l’effet de serre par des émissions de gaz carbonique et autres polluants industriels, Fedorov prévoit que l’on risque de retourner rapidement à un monde globalement chaud, tropiques et régions tempérées inclus, semblable à ce qu’il était il y a trois millions d’années, y compris dans les régions polaires où la disparition progressive de la glace pourrait s’accompagner de températures dépassant 10° C et d’une élévation du niveau moyen de l’océan global de quelques dizaines de mètres.


Définitions :

NAO :  North Atlantic Oscillation : Variations aux échelles décennales des différences de pression atmosphérique entre l’anticyclone des Açores et les basses pressions d’Islande. Le climat de l’Europe de l’ouest en hiver en dépend largement. Plus cette différence de pression est élevée et plus les vents d’ouest sont forts faisant bénéficier l’Europe de l’ouest d’un climat océanique doux et humide. À l’inverse des différences faibles de pression exposent à des influences polaires plus marquées.

AMO  : Atlantic Multi-decadal Oscillation : Oscillation de la température de surface de l’océan mondial à une période voisine de 65 ans.

Pliocène : Période dans l'échelle géologique qui s'étend de - 5,3 million d'années à -,2.6 million d'années. Elle est suivie par le Pléistocène et précédée par le Miocène.


Voir aussi interview de Jacques Merle sur les site de Futura Sciences.


Références :

(1) Hiroki Tokinaga, Shang-Ping Xie, Clara Desser, Yu Kosaka and Yuko M. Okumura : Slowdown of the Walker circulation driven by tropical Indo-Pacific warming. Nature, Vol 491, 2012. Retour

(2) Sang-Wook Yeh et al (incluant Boris Dewitt LEGOS/IRD) : El Niňo in a changing climate, Nature, vol 461, 2009. Retour

(3) J. R. Marlow, C. B. Lange, G. Wefer, and A. Rosell-Mel : Upwelling intensification as part of the Pliocene- Pleistocene Climate Transition. Science, 290, 2001.Retour

 S. George Philander and A. V. Fedorov : The role of the tropics in changing the response to Milankovitch Forcing Some Three Million Years Ago, Paleo-Oeanography 18, no. 2, 2003.
 P. Molnar and M. Cane describe records that indicate permanent El Niňo conditions earlier than 3 million years ago (From Philander), Paleo-oceanography 17, 2002.

(4) S. George Philander : Our Affair with El Niňo. Princeton University Press, 2004. Retour
(5) A. V. Fedorov et al : The Pliocene Paradox (Mechanisms for a Permanent El Niňo), Science vol 312, 2006. Retour


Mois de novembre 2012

1/1 Parution du livre "Océanez vous. La terre est ton navire et non ta demeure".

 

La Novela, festival des savoirs partagés, organisée par la Mairie de Toulouse a eu lieu pour sa quatrième édition au mois d'octobre. Sa vocation ? Être au plus près des publics, permettre l’échange, favoriser la rencontre, susciter le débat, éveiller la curiosité autour des savoirs… C'est aussi une rencontre entre art, littérature et culture scientifique

 

Cette année, parmi les cinq thématiques, se trouvait "L'espace, observatoire des océans".

 

C'est à cette occasion que le livre "Océanez vous , La terre est ton navire et non ta demeure " a été édité. Quelques extraits ont été lus au cours de cette manifestation.

 

Cet ouvrage, basé sur des textes choisis par Michel Lefebvre, ancien ingénieur du CNES, est richement illustré et accessible au grand public. Il répond à plusieurs ambitions :

Paru le 11 octobre, ce livre est co-édité par Richard Clavaud (Suds-Concepts), Catherine Jeandel (LEGOS), Danielle de Staerke (CNES) et Gerald Baillot (Ganesh consulting).Pour ce le procurer envoyer un mail à : info@suds-concepts.com

Voir aussi sur ce site :

"Les coups de cœur de Michel Lefebvre"

Rubrique : "Qu'avez-vous vu, qu'avez-vous lu ?"


Mois d'octobre 2012

1/1 IPBES, Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, enfin sur les rails...

 

Changement climatique et biodiversité, même combat ?

20 ans après le sommet de la Terre de Rio et le lancement de la Convention sur la diversité biologique, après 6 années de négociations, 94 pays ( sur 192)  ont signé un accord pour le lancement de l’IPBES, le 21 avril dernier à Panama city . Cet évènement peu relayé par la presse  a pourtant son importance. Face au déclin croissant de la "Biodiversité", il était urgent d’agir et de se donner les moyens de répondre "à un besoin de dialogue, au plus haut niveau, entre scientifiques, politiques et acteurs de la société pour relever les défis de la biodiversité".

"Cette plate-forme a vocation à mobiliser les connaissances sur la biodiversité et les services écosystémiques pour éclairer les décisions politiques. Elle doit garantir l’indépendance scientifique des travaux et assurer leur crédibilité, leur pertinence et leur légitimité".

Le parallèle avec le GIEC pour le climat vient immédiatement l'esprit. Quelles sont les convergences et les divergences ? C'est ce qu'analyse Michel Petit avec notre FAQ : Qu'est-ce que l'IPBES  ? Convergences et divergences avec l'IPCC (GIEC)

Voir aussi :

Site officiel de l'IPBES Fondation pour la recherche sur la biodiversité - Fiche_IPBES  


Mois de Septembre 2012

1/1 André Morel nous a quittés...

Il y a une vingtaine d’années, lors d’une visite dans un laboratoire des Etats-Unis, j’avais été admiratif devant l’héritage scientifique et moral qu’y avaient laissés de glorieux prédécesseurs, matérialisé par leurs portraits aux murs, et surtout consacré par la fierté que ressentaient leurs successeurs de travailler dans ces mêmes locaux.

 

Je m’étais dit alors qu’une telle admiration et une telle tendresse envers les anciens étaient bien rares dans les laboratoires français, mais que, peut être, André Morel les mériterait.

Ce moment est venu. André vient de nous quitter après une longue et très brillante carrière, consacrée à la mise au point d’une approche géophysique de la photosynthèse marine et de sa quantification globale, dont l’intérêt a grandi avec les programmes de recherche sur le changement climatique. Le phytoplancton est en effet un acteur important du climat.

Dès le début, il a compris le potentiel de connaissances qu’offrait l’observation par satellite de l’océan, et pendant trois décennies, il s’est imposé comme l’un des tout premiers leaders dans l’interprétation des données de couleur de l’océan, d’abord pour en estimer la concentration en chlorophylle, puis la fixation photosynthétique de carbone.

Tous ses étudiants, nombreux, se sont imprégnés de sa rigueur scientifique et ont acquis à leur tour une renommée internationale dans ce domaine de recherche. Passionné par les couleurs - il percevait, disait-il, la fluorescence rouge de la chlorophylle à travers la surface de la mer, et s’émerveillait devant la couleur des ailes des papillons - André Morel avait, à coté de son activité professionnelle foisonnante, une foule de pôles d’intérêt, qui faisaient de lui le meilleur compagnon qu’on puisse côtoyer pendant une campagne océanographique.

Yves Dandonneau

Ses recherches et publications


Mois d'Août 2012

1/1 Une nature généreuse... pour l'instant.

Dans un article publié dans la revue Nature d'août 2012, (volume 488, pages 70 à 72), des chercheurs américains dressent un bilan des émissions anthropiques de gaz carbonique et de leur accumulation dans l’atmosphère au cours des cinquante dernières années.

Ils montrent en particulier que pendant cette période, l’absorption de carbone par les océans et par la biosphère terrestre a plus que doublé (de 2,4 à 5 milliards de tonnes par an).

Cette conclusion pourrait nous conduire à penser que les systèmes qui absorbent du gaz carbonique sont robustes et peuvent encore longtemps nous tenir à l’abri d’une accélération du changement climatique. En fait, il n’y a rien de surprenant ni de nouveau dans ces résultats.
L’estimation des flux globaux de carbone entre l’atmosphère, les océans et les surfaces émergées est rendue très difficile par la forte variabilité de ces flux dans l’espace et le temps. Ainsi, les évaluations globales réalisées à partir de quelques études ponctuelles sont forcément entachées d’une grande incertitude.

Les données les plus précises dont nous disposons sont :

 

Avec les dernières, on sait ce qui est émis vers l’atmosphère, tandis qu’avec les premières, on sait ce qui y subsiste après absorption par les océans et par la biosphère terrestre. Par différence, les auteurs de l’article en déduisent ce qui est absorbé, sans toutefois pouvoir distinguer ce qui passe dans l’océan de ce qui passe dans la biosphère terrestre.


 

Le résultat, incontestable, est qu’à mesure que les émissions anthropiques de carbone vers l’atmosphère augmentent, leur absorption par les océans et la biosphère terrestre augmente elle aussi.

Incontestable, et logique : si une année on injecte 8 gigatonnes de carbone dans l’atmosphère, un certain équilibre s’établit à la fin de l’année, 4,8 gigatonnes étant réabsorbées et 3,2 restant dans l’atmosphère (résultat moyen de l’étude pour les années 90).

Si l'on y avait injecté davantage, l’écart entre la pression partielle de CO2 entre l’océan et l’atmosphère aurait été plus grand, et l’absorption par l’océan qui est proportionnelle à cet écart aurait été plus forte. De même, l’absorption par les écosystèmes terrestres aurait été supérieure, car la photosynthèse des plantes terrestres est stimulée lorsque la concentration atmosphérique en gaz carbonique augmente. La quantité absorbée aurait donc été plus grande.

Que ceci se soit produit dans les années 2000-2010 où les émissions de CO2 ont été supérieures à celles des années 90 est conforme aux connaissances, et restera la règle tant que le fonctionnement des océans et des écosystèmes terrestres ne sera pas altéré.

Mais il est vrai également, comme le souligne l’article, que plus les émissions anthropiques de gaz carbonique augmentent, comme c’est le cas depuis cinquante ans, plus la quantité qui reste dans l’atmosphère (45 % en moyenne pour ces cinquante dernières années) grandit : la quantité additionnelle de carbone qui s’accumule dans l’atmosphère croît chaque année, et l’accroissement de la concentration en CO2de l’atmosphère s’accélère.

Donc, rien de nouveau.La nouveauté serait que la capacité des écosystèmes terrestres à fixer du carbone s’altère peu à peu.

En effet, sous des températures devenant trop élevées (ou, dans certaines zones, sous l’influence de la sécheresse), il est à craindre que les végétaux terrestres subissent un stress et que la photosynthèse diminue, au lieu de répondre favorablement à l’accroissement du CO2. De même, l’acidification des océans causée par l’absorption du CO2 anthropogénique réduira de plus en plus le flux de dissolution du CO2 dans l’océan.

De plus, le changement climatique devrait conduire à un ralentissement de la formation d’eau froide profonde dans les régions polaires et de la circulation thermohaline océanique qui en découle. Or, cet enfouissement des eaux froides, dans lesquelles le CO2 est très soluble, est l’un des principaux processus par lesquels le carbone anthropique est retiré de l’atmosphère.

Alors, la partie absorbée des émissions anthropiques de carbone diminuerait, et celle restant dans l’atmosphère s’accroîtrait d’autant. Ces fortes rétroactions positives conduiraient alors à une accélération du processus de réchauffement global. Ce n’est pas encore le cas, et c’est ce qu’il faut retenir de cet article.

Nota : l'unité petagramme (Pg) utilisé dans le graphique en lien ci-dessus, représente 1015 grammes de carbone et est équivalente à 1 gigatonne (Gt) de carbone, couramment utilisée dans les négociations sur le climat et dans les médias.

Voir aussi :

Quel est le rôle du CO2 sur l'évolution du climat ?  

Quel est le rôle de l'océan dans le changement climatique anthropique?

Le Gulf Stream peut-il un jour s’arrêter ? 

Tonne équivalent carbone


Mois de Juillet 2012

1/1 Saison Brune, de Philippe Squarzoni

C’est un livre sur le changement climatique inhabituel.

Au départ, l’auteur souhaite compléter par un chapitre sur le bilan écologique du gouvernement, un autre ouvrage, consacré à la politique libérale menée en France. Mais il ne connaît pas tous les aspects de la question et doit donc se documenter. C’est ce qui l’a conduit, et cela lui a pris six ans, à approfondir ses connaissances sur le climat et sur la menace de réchauffement que fait peser l’augmentation de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre.
Durant ces six ans, nous sommes invités à accompagner l’auteur dans ses retours sur ses lieux de son enfance, dans sa passion pour quelques vieux films, ses discussions avec son épouse. Et surtout, dans ses visites de laboratoires et ses interviews des meilleurs spécialistes des changements à venir, climatologistes, économistes, journalistes, politologues, dont il retranscrit fidèlement la teneur.

Il nous fait aussi partager ses hésitations lorsque, par exemple, il explique à son épouse qu’il hésite à accepter une invitation à se rendre en Asie du sud-est, cautionnant ainsi le recours aux transports aériens, si coûteux en kérosène ; finalement, il décidera de ne pas y aller.

L’ouvrage qui en résulte est très bien documenté, et conduit le lecteur à prendre conscience de la réalité et de l’ampleur des changements à venir.

Le plus surprenant est la forme donnée à ce livre, qui est celle d’une bande dessinée, une bande dessinée de 500 pages, 500 planches, chacune, en général, divisée en 6 images, et sur chaque image, beaucoup de texte pour rapporter la teneur des interviews. Aussi étrange qu’il puisse paraître, ce choix n’est sans doute pas pour rien dans le plaisir que donne ce livre, dans la familiarité, et même dans la sympathie que l’on ressent pour l’auteur, lorsque, au terme de son enquête, il conçoit combien il sera difficile d’échapper à un enchaînement catastrophique.

Delcourt, mars 2012, 477 p.


Mois de Juin 2012

1/2 Stéphane Foucart et Sylvestre Huet récompensés

Stéphane Foucart (journaliste scientifique au journal Le Monde) et Sylvestre Huet (journaliste scientifique au journal Libération) viennent de recevoir le trophée Diderot-Curien de l’AMCSTI.

Il est décerné à des acteurs importants dans le domaine de la culture scientifique et technique.
Le choix de ces deux journalistes récompense leur comportement exemplaire lorsque, en 2010, ils se sont attachés à défendre les travaux des scientifiques du climat, attaqués par d’autres scientifiques (mérite-t-on ce nom lors qu’on utilise le mensonge ?) qui se répandaient dans des médias au mieux désarmés devant le débat, au pire ravis à la perspective de combats télévisés animés.
Avec «L’imposteur, c’est lui ; réponse à Claude Allègre» de Sylvestre Huet et «Le populisme climatique, enquête sur les ennemis de la science» de Stéphane Foucart, ces deux journalistes se sont attachés à démêler vérité et escroqueries avec le talent propre à leur métier, et après un travail d’enquête remarquable salué par toute la communauté des chercheurs qui étudient le climat.

Le Club des Argonautes qui a lui aussi œuvré à rétablir la vérité dans ce débat se réjouit du choix du jury de ce prix.


2/2 Mondes polaires : hommes et biodiversités – des défis pour la science. Recension de Yves Dandonneau

  A voir une colonie de manchots, avec leur plumage luisant, leurs couleurs vives, et devinant l’épaisse couche de graisse sous leur peau, on les croirait prospères et à l’abri de la famine. C’est compter sans la longue nuit polaire au cours de laquelle ils doivent vivre en grande partie sur les réserves constituées pendant la belle saison.

En fait, le nombre de manchots dans le continent Antarctique est en légère diminution depuis une vingtaine d’années.

 L’ouvrage «Mondes polaires», édité par le CNRS et impripé aux éditons du Cherche-Midi, rassemble plusieurs dizaines de contributions de spécialistes de la vie sous les climats froids, et fournit une multitude d’exemples d’adaptations aux conditions extrêmes qui règnent dans les régions polaires.

 Trois aspects principaux sont abordés.

D’abord, les stratégies d’adaptation des espèces, toujours menacées par un événement climatique inattendu tant leur marge de manœuvre est étroite en climat polaire.

Par exemple, le manchot mâle qui assure les dernières semaines d’incubation des poussins leur apporte la nourriture qu’il a conservée dans son estomac pendant les plusieurs semaines de sa longue marche jusqu’à eux ; pourtant, cette nourriture se conserve sans être altérée dans leur estomac à 38 °C, et ceci grâce à une protéine antimicrobienne qu’il fabrique et dont il vient de transmettre le secret à la médecine. Souvent (et paradoxalement ?) le réchauffement climatique est présenté comme néfaste pour ces espèces, mais, à cause du manque d’observations, les mécanismes par lesquels la variabilité du climat agit ne sont pas vraiment élucidés.

Une menace liée au réchauffement est cependant décrite : c’est le risque que des espèces concurrentes ou parasites viennent s’établir dans des régions où, jusqu’à présent, le froid ne le leur permettait pas,...

... et c’est là un aspect, polaire, du deuxième grand sujet abordé, qui est consacré surtout aux Iles Australes Françaises :

l’introduction, le plus souvent involontairement par l’homme, d’espèces qui entrent en concurrence avec la faune ou la flore locales traditionnelles, et les conséquences qui en résultent. La faune et la flore de ces îles comportent un pourcentage élevé d’espèces endémiques, dépourvues de défenses efficaces contre les espèces introduites qui ont déjà eu l’occasion de se confronter à d’autres espèces à cause des transports commerciaux.

Le troisième aspect enfin concerne les peuplements humains traditionnels...

... dont les modes de vie sont profondément modifiés par la présence de plus en plus permanente des sociétés modernes, et par le réchauffement climatique, la fonte des pergélisols, et l’ouverture de la banquise pendant une grande partie de l’année. La disparition de la banquise en été dans l’Océan Arctique, et son impact, l’ouverture du trafic maritime ne seront pas sans conséquences profondes pour ces peuples.

La démarche scientifique est omniprésente dans l’ouvrage, sous la forme d’encarts bien choisis, dédiés à des sujets très précis dans des domaines à la pointe de la recherche. Mieux observer (et là, la génomique est très souvent invoquée) pour mieux modéliser et prévoir le devenir des écosystèmes polaires, voilà l’enjeu asséné tout au long de cet ouvrage.


Mois de Mai 2012

1/1 Michel Lefebvre, Chevalier de la Légion d'Honneur

Le 11 mai 2012, Michel Lefebvre, membre fondateur du Club des Argonautes a été promu Chevalier de la Légion d'Honneur.

Cette distinction récompense une carrière scientifique très riche. 

Michel Lefebvre pionnier de la Géodésie Spatiale est à l'origine de la grande aventure du satellite TOPEX/Poséidon lancé en 1992 ainsi que de ses successeurs Jason. Grâce à sa contribution aux missions altimétriques et à l'instrument DORIS surnommé le "géomètre de l'espace", il a ouvert la voie de l'altimétrie spatiale avec toutes les avancées qu'elle a permis notamment dans le domaine de l'océanographie.

Il a aussi participé à la création de Mercator Océan, centre français d'analyses et de prévisions océaniques et est à l'origine de GODAE dont l'objet est d'étendre à la planète les travaux de Mercator.

 

 

La croix de Chevallier de la Légion d'Honneur lui a été remise par François Barlier, lui aussi membre fondateur du Club des Argonautes, le compagnon de route de toute sa carrière.

Cette cérémonie officielle a été accompagnée d'une manifestation très chaleureuse et émouvante regroupant ses collègues, ses amis et sa famille.

De nombreux amis et chercheurs français mais aussi d'autres venus d'Allemagne, d'Australie et des États Unis ont ainsi pu témoigner et s'exprimer sur les moments forts de leur carrière en relation avec Michel.

 

Enfin Michel est aussi, à ses heures un philosophe et un poète. Il a rassemblé des textes philosophiques et poèmes ayant trait à notre planète Terre, dont certains écrits par lui et qu'il souhaite partager.

Ils sont publiés sur ce site : http://www.clubdesargonautes.org.../

A cette occasion, le CNES a édité un recueil comportant des extraits illustrés de ces textes.

Connais-tu ta planète, celle où tu vis, où nous vivons ?
Avant d’en arriver là, nous avions erré d’un corps céleste à un autre : nous commencions à désespérer de trouver notre port d’attache !
Et puis un jour, en traversant le système solaire, nous avons aperçu cette petite planète. Tout de suite, nous avons été attirés par ses couleurs ocre et bleues.

.....

En savoir plus :

Mercator : un chevalier cher à notre cœur

Membres du club des Argonautes

Wikipedia

 

Michel Lefebvre, marin de l'espace. Yves Garric - Mars 2008-

 

Éditions Loubatières.


Mois de Mars 2012

1/1 Énergie Thermique des Mers : DCNS et le Conseil Régional de la Réunion signent une troisième convention.

C’est un ingénieur français Georges Claude, qui réalisa dans les décennies 1920 et 1930 les premières installations expérimentales de production d’électricité exploitant l’Énergie Thermique des Mers. Mais, tout s'arrêta peu avant la deuxième guerre mondiale. Les américains se sont intéressés au sujet dès 1964. En France, le CNEXO reprit les travaux de Georges Claude en 1978 avec le projet d'une station pilote de 5 MW à Tahiti. Les travaux furent interrompus quelques années plus tard. Outre l'action de Michel Gauthier au sein du Club des Argonautes depuis 2003, le véritable point de départ de la relance de cette activité en France, se situe pendant la campagne présidentielle de 2007, lorsque l'Institut Français de la Mer a posé une série de questions aux douze candidats à l'élection.

À la question :

"Quelles perspectives de développement des activités maritimes de l’Outre-mer français voyez-vous dans les cinq prochaines années ?".

L'un des candidats a répondu entre autres :

 "La mer tropicale est également une source majeure d'énergies renouvelables, malheureusement inexploitée aujourd'hui. Leur développement passe par une recherche appliquée pertinente sur l'éolien offshore, sur l'hydrolien, et surtout sur l'énergie thermique des mers, actuellement ignorée."

Il se trouve que ce candidat a été élu, ce qui a élargi au niveau national l'attention que plusieurs DOM-TOM, en particulier l'île de La Réunion, portaient à cette filière.

Au même moment, l'arsenal "Direction des Constructions et Armes Navales" s'associe avec la branche Activités sous-marines de la société Thales pour donner naissance à DCNS, société autonome, spécialiste reconnu du secteur naval et qui grâce à ses compétences, va élargir ses activités au secteur civil dans lequel seront inclues les énergies marines. C'est donc tout naturellement que DCNS est devenu l'acteur majeur de l'Énergie Thermique des Mers en France.

En avril 2009, le Conseil Régional de la Réunion signe avec DCNS un premier accord de recherche et développement en vue d'étudier la faisabilité d'un démonstrateur ETM d’une puissance de 1,5 MW dans les eaux réunionnaises. En octobre 2009, un deuxième accord est conclu entre DCNS, le Conseil Régional et l’Université de La Réunion qui prévoit notamment la construction du «Prototype à Terre ETM» (PAT ETM). Ce dernier est un banc d’essais, à échelle réduite (1/150) du cycle thermodynamique pour la production d’énergie, dans lequel les conditions de température de l’eau de mer sont simulées. Totalement autonome, le PAT ETM a pour but de tester différents éléments clés du système de production d’énergie (échangeurs de chaleur, cycles thermodynamiques,..) et de préparer les équipes de DCNS à la conduite d’une centrale ETM. Ce banc d’essais construit dans les locaux de DCNS à Nantes-Indret devait être installé à l’IUT de Saint Pierre de l’Université de La Réunion, en vue de réaliser des essais complémentaires.Voilà qui est fait. Le prototype est parvenu à Saint Pierre en février dernier. Le 22 mars 2012, un troisième accord a été signé. Il s'agit d'une convention tripartite comprenant les mêmes acteurs que précédemment, d'une durée de 3 ans.

"Elle vise à encadrer le programme de recherche et développement du prototype à terre, reproduction à échelle réduite du système de production électrique d’une future centrale ETM. Ainsi, La Région Réunion et DCNS, copropriétaires du prototype, et l’Université de La Réunion se sont accordés pour placer le système sur le site de l’IUT à Saint Pierre. L’Université de La Réunion dispose en effet de capacités scientifiques de pointe pour travailler avec DCNS sur le système énergie. L’université pourra ainsi fournir à l’ingénierie de DCNS les compétences et les savoir faire de ses équipes de chercheurs pour effectuer les essais et les simulations."

Le Club des Argonautes souhaite tout le succès qu'elles méritent aux équipes de DCNS et de l'Université de La Réunion afin que ces travaux préliminaires débouchent sur une filière industrielle au potentiel considérable.
 Voir aussi :Le site deDCNSLe blog Les énergies de la merEt les pages de ce site  :

Les eaux océaniques profondes : Energie Thermique des Mers

Un guide pour la sélection des sites d’implantation :- Le cas de la centrale ETM 5MW de Tahiti


Mois de Janvier/février 2012

1/1 « Representative Concentration Pathways » : La nouvelle approche du Giec.

Pour les rapports à venir du Giec, les « Representative Concentration Pathways », en français, les « scénarios d’évolution représentative des concentrations » se substitueront à ceux du « Rapport spécial sur les scénarios d’émission », précédemment utilisés.

Les scénarios d’évolution de la composition de l’atmosphère sont le point de départ des modélisations des changements climatiques futurs.

Comme les rapports du Giec l’ont bien établi, l’évolution du climat de la Terre dépendra en effet de celle de la concentration dans l’atmosphère des gaz absorbant le rayonnement infrarouge, dits gaz à effet de serre.

Cette concentration sera fonction des émissions nettes résultant des activités humaines, que les lois physiques ne permettent pas de prévoir.

Les scientifiques qui cherchent à simuler par des modèles numériques le comportement futur du climat doivent faire des hypothèses sur cette évolution de la composition de l’atmosphère.

Pour pouvoir comparer leurs résultats, ils ont décidé de faire appel aux mêmes scénarios de référence caractérisant cette évolution. Ces scénarios en petit nombre résultent de choix arbitraires et n’ont comme contrainte que de donner des exemples représentatifs des évolutions envisagées par les études prospectives publiées allant de celles qui correspondent aux émissions les plus faibles à celles qui correspondent aux émissions les plus fortes envisagées.

Les scénarios du "Rapport spécial" sur les scénarios d’émission, formellement approuvé en 2000, ont servi de base aux modélisations dont ont rendu compte les troisième (2001) et quatrième (2007) rapports du Giec. Les émissions supposées étaient déduites de scénarios de développement socio-économique, élaborés par les prospectivistes. Les concentrations de gaz à effet de serre, calculées à partir de ces émissions induisent un changement climatique qu’évaluent les modèles. Six de ces scénarios ont généralement été retenus pour illustrer les différentes évolutions possibles du climat. Les évaluations correspondantes du changement climatique ont été ensuite utilisées pour déterminer les conséquences de ce dernier et les possibilités de s’y adapter.

Ce processus séquentiel présente l’inconvénient de s’étaler sur un grand nombre d’années.

Pour prendre en compte des scénarios d’émission correspondant à des mesures volontaristes de réduction des émissions envisagées, le Giec a adopté pour préparer son prochain rapport une approche différente, fondée sur le choix d’un nombre limité d’évolutions des concentrations, prises parmi celles utilisées par des scénarios existants qui intègrent de façon cohérente une évolution socio-économique, des émissions, des concentrations, des évolutions du climat et de leurs conséquences.
Un travail important de chercheurs de toutes disciplines concernées a permis de choisir quatre d’entre eux dont les concentrations seront utilisées par les modèles pour permettre des comparaisons.

Ces quatre scénarios, (au lieu de six précédemment), référencés conventionnellement par la valeur du forçage radiatif en 2100 calculés par le modèle de référence (2,6 ; 4,5 ; 6 et 8,5 W/m²), sont appelés en anglais «Representative Concentration Pathways (RCPs)» qu’on peut traduire par «Évolutions représentatives des concentrations».

L’évolution la plus modérée des concentrations correspond aux politiques les plus volontaristes des réductions d’émission et la plus forte correspond au contraire au maximum des émissions envisagées dans la littérature. Les deux autres RCP correspondent à des hypothèses intermédiaires.

Les quatre « Évolutions représentatives des concentrations » incluent tous les facteurs susceptibles d’influencer le climat. Elles ne sont ni des prévisions ni des recommandations politiques. Leur seule ambition est d’être un outil de travail permettant d’explorer la gamme des évolutions possibles du climat.

Elles sont utilisées en parallèle comme point de départ par les modélisateurs du climat et comme objectifpar les chercheurs qui cherchent à déterminer l’influence des évolutions socio-économiques sur les émissions.

Le rapprochement du travail de toutes ces communautés de chercheurs permettra d’établir dans les meilleurs délais des évaluations intégrées synthétisant les approches des trois groupes de travail du Giec.


Pour en savoir plus :

FAQ :

Comment fonctionne le GIEC (IPCC) ? Processus d'élaboration et de publication des rapports du Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC)

Dossier climat :

chap. VIII : Prévisions du GIEC - Dans diverses hypothèses, les chercheurs ont fait "tourner leurs modèles.

chap. XIII bis :Quatrième du rapport du GIEC - Qu’en est-il pour le climat du futur?